Aujourd'hui, en finir avec ma paresse est souhaitable, faisable, et surtout, pensable.
Ce qui m'avance beaucoup et pas du tout.
Pour vivre avec mes idéaux, selon mon coeur comme chantait l'autre, il faut que je renonce à une part importante de ma vie. Une part de liberté. Mon sommeil, mes glandes, mes flous, mes solitudes.
Pour travailler sur l'écriture, pour vivre mes amours, pour être sur des fronts où je dois être...
Faut arrêter la glande, comme d'autre doivent arrêter l'alcool.
Jusqu'ici, j'ai repoussé cette échéance. Je peux, ce soir, regarder mon choix en face...
Devenir esclave pour me faire plus fort.
Non, je n'étais pas esclave pas avant. Moins que toi.
Purement par chance, sans mérite, je suis fils de maître. J'ai prolongé cette situation très loin.
Je suis plus libre que les autres, au quotidien, sur des choses aussi simples que mon heure de lever, ma responsabilité sur le lendemain, ou le choix de qui m'emploie pour quoi.
On peut obtenir ces libertés rarissimes. Je les ai dans un certain confort.
Je n'en ressens pas (plus) de culpabilité.
Maintenant, je peux agir pour en être fier. Mais je dois choisir de renoncer à ma liberté paresseuse, pour un esclavage totalement nouveau pour moi. Renoncer à des plaisirs que je connais bien, dans lesquels j'ai longtemps vécu. Des grasses mat' commes d'autres en rêvent, des temps de loisir grand luxe.
L'esclavage, c'est de ne pas me payer en temps libre le peu de temps et d'énergie que je donne au travail.
C'est d'ajouter là dessus encore plus de travail, de responsabilité, d'exigeance, tout en continuant de ramer plus d'un quart de ma journée pour quelque chose qui ne m'intéresse pas.
Cette définition de l'esclavage peut sembler complètement crétine. On pourrait me calmer en me montrant ne serait-ce qu'une heure de la vie d'un ouvrier.
On ne prouverait pourtant pas grand chose : je sais bien qu'il y a pire, je parle de choisir de vivre avec plus de difficulté par rapport à ce que je connais, ce que j'ai toujours connu. Régresser fait plus mal qu'endurer depuis toujours.
Etre esclave, donc. Galérer comme tous eux que je connais. Etre vraiment bien fatigué (bosser littéraire, m'organiser pour avoir liens et solitude, faire de l'exercice), foutre à la baille les, hm, mettons, 30 heures de temps libre que j'ai de plus que la plupart des gens. (Si je peux faire sans, je le ferai : si je pouvais travailler moins pour gagner plus, en argent et en temps d'investissement libre, je le ferais. ME connaissant, je trouverai même moyen d'y arriver.)
Voilà, je sais que je peux passer à l'action, dépasser de fait une résolution ; ça me fiche la trouille. Dans un sens, ça veut dire que je vais mieux.
Merci à celles (et quelques ceux) qui m'ont donné l'occasion d'être à ce seuil. J'en bave d'avance, mais les yeux bien ouverts.